La « bibliographical press » : apprendre l’histoire du livre par la pratique

En 1913, Ronald B. McKerrow formulait un vibrant plaidoyer en faveur d’une initiation des étudiants de lettres aux réalités concrètes de la typographie :

« It would, I think, be an excellent thing if all who propose to edit an Elisabethan work from contemporary printed texts could be set to compose a sheet or two in as exact facsimile as possible of some Elizabethan octavo or quarto, and to print it on a press constructed on the Elizabethan model. Elementary instruction in the mechanical details of book-production need occupy but a very few hours of a University course of literature, and it would, I believe, if the course were intended to turn out scholars capable of serious work, be time well spent. It would teach students not to regard a book as a collection of separate leaves of paper attached in some mysterious manner to a leather back, nor to think that the pages are printed one after another beginning at the first and proceeding regularly to the last. They would have constantly and clearly before their minds all the processes through which the matter of the work before them has passed, from its first being written down by the pen of its author to its appearance in the finished volume, and would know when and how mistakes are likely to arise; while they would be constantly on the watch for those little pieces of evidence which are supplied by the actual form and ‘make-up’ of a book and which are often of the highest value, in that they can hardly ever be ‘faked’. »

Mc Kerrow, « Notes on Bibliographical Evidence for Literary Students and Editors of English Works of the Sixteenth and Seventeenth Centuries », Transaction of the Bibliographical Society, XII, 1913, p. 220

La proposition de McKerrow aurait pu rester un vœu pieu, une belle utopie pédagogique… Elle fut pourtant prise au sérieux dans l’ensemble du monde anglophone et l’on vit éclore, dès l’entre-deux-guerres, les premières « imprimeries bibliographiques » (bibliographical press), à la fois espace et outil pédagogiques.

Yale, 1927 : premières expérimentations

C’est dans une université américaine, celle de Yale, à l’instigation du typographe Carl P. Rollins (1880-1960) et du bibliothécaire Andrew Keogh (1869-1953), que fut créé le premier de ces ateliers. Une thèse soutenue en 2015 par Katherine Ruffin éclaire l’histoire de cet expérience.

Lors de ses études à Harvard, Rollins avait découvert avec fascination les théories artistiques de John Ruskin et les expérimentations de William Morris. Il avait feuilleté avec curiosité les productions des private presses britanniques, tout en se formant à l’art typographique. Militant dans divers groupes socialistes, il s’était ainsi engagé dès le début des années 1900 dans le mouvement Arts and Crafts américain. En 1920, fort d’une vingtaine d’années d’expériences de la typographie, il prit la tête des presses de l’université de Yale. Il occupa ce poste jusqu’à sa retraite en 1950, publiant plus de 2000 ouvrages et assurant la réalisation de plus de 8000 ephemera. Reconnu pour son sens aigu de la mise en page, il introduisit progressivement des innovations typographiques, substituant au Caslon des caractères nouvellement gravés par la Monotype corporation : Bembo, Garamond, Bell, Baskerville…

Carl Rollins à sa table de travail
(crédit: John Gambell, photo extraite de la thèse de Katherine McCanless Ruffin)
Andrew Keogh (1869-1953)
(crédit: John Gambell, photo extraite de la thèse de Katherine McCanless Ruffin)

Au cours des années 1920, Rollins se rapprocha d’Andrew Keogh, le bibliothécaire de l’université. Formé à la science bibliographique en Angleterre, Keogh avait gagné l’Amérique à la faveur de son mariage. Là, il avait contribué à fonder la Bibliographical Society of America (1904) et s’était mis à dispenser, parallèlement à son travail de bibliothécaire, des cours de bibliographie à l’université de Yale. C’est dans le cadre de ces cours que Rollins fut invité, dès 1924, à parler de l’histoire de l’imprimerie. L’année 1926 fut un tournant dans la carrière de Keogh : l’acquisition par la bibliothèque d’une Bible de Gutenberg l’engagea à fonder The Yale University Library Gazette, dont le premier numéro fut entièrement consacré à la Bible à 42 lignes. En publiant cette Gazette, Yale se dotait d’une revue entièrement consacrée à l’histoire du livre. Ce fut le début d’une période faste pour la science bibliographique à New-Haven, période qui allait durer une douzaine d’année, jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Au printemps 1927, au moment où naissait la Gazette, à l’occasion de l’une des réunions du Graduate’s club, le professeur Arthur Ellicott Case formula l’idée de constituer un atelier typographique à vocation pédagogique. Il s’agissait pour ce spécialiste de littérature anglaise de présenter aux étudiants de lettres les rudiments de la composition typographique afin de leur rendre compréhensible l’étude des variantes textuelles et des particularités d’exemplaires. L’idée séduisit Rollins, qui la présenta à Keogh, qui accepta à son tour immédiatement de débloquer des fonds ($1000) pour mettre en œuvre ce projet. Il s’agissait donc de reconstituer une imprimerie du XVIIIe siècle, susceptible d’être utile aux cours d’Arthur Case. Rollins écrit avec humour :

« To get the flavor and feel of the books of the eighteenth century, it is necessary to work as the printers of that time did, and with their tools and materials: to set type by hand, print on a hand press with wetted deckle edge paper registered from the center of the sheet, etc. Ill-lighted workrooms and frequent libations of beer could help the illusion and perhaps lend verisimilitude to the product! »

Rollins, « The Bibliographical Press at Yale University », 1950, cité par Katherine Ruffin

Le montage de l’atelier fut rapide. Durant l’été, Rollins passa trois semaines en Angleterre pour acquérir l’équipement nécessaire. Il trouva à Londres, chez H.W. Caslon & co une Albion de 1838. Il acquit également une petite presse de table, ainsi qu’une troisième presse pour l’un de ses amis. L’imprimeur fit également l’acquisition de matériels anciens, notamment des balles d’encrage, passées de mode, mais utilisées par les imprimeurs du XVIIIe siècle. Il commanda à la fonderie Caslon 700 livres de caractères fondus non pas en points mais sur des corps anciens, qu’il distribua dans des casses également anciennes. L’équipement fut ainsi installé dans un local mis à disposition par la bibliothèque. Plus tard, l’atelier s’enrichit de matériels supplémentaires : en 1932, les presses universitaires d’Oxford offrirent ainsi à la Bibliographical press de Yale un rang fabriqué en 1658 à la demande de John Fell, sur lequel fut apposé une plaque portant l’inscription gravée : « The Oxford University Press to the Yale University Library in token of amity, 24 march 1932. »

Le 28 mai 1927, Carl Purrington Rollins fut officiellement désigné « Assistant in Bibliography » en supplément de ses fonctions aux presses de l’université. Il put mettre à profit le tout nouvel atelier pour dispenser dès l’année suivante aux étudiants de lettres un cours intitulé « 18th century Printing Office Pratice ».

Les vertus de la pratique

Mais qu’est-ce au juste qu’une imprimerie bibliographique ? Philip Gaskell la définit comme un « atelier ou un laboratoire utilisé principalement pour la démonstration et la recherche sur l’histoire des techniques d’imprimerie au moyen de la composition manuelle et de l’impression sur une presse à bras ».

A Yale, Rollins fut de ce point de vue un véritable pionnier. Lorsqu’il dressera en 1950, le bilan de cette expérience, il indiquera :

Il est difficile pour un esprit académique d’accepter l’idée que l’enseignement par la pratique est plus efficace que l’enseignement par le discours, ou que la solution de loin la meilleure est d’associer les deux modalités en dispensant à la fois des cours magistraux et des séances pratiques en atelier. »

Rollins, « The Bibliographical Press at Yale University », 1950, cité par Katherine Ruffin
Carl Rollins et la grande Albion de la Bibliographical Press – noter la présence de la balle d’encrage conforme aux modèles d’ancien régime au premier plan à droite (crédit: John Gambell, photo extraite de la thèse de Katherine McCanless Ruffin)

Il est remarquable que la création de la Bibliographical press de Yale ait précédé les réflexions pédagogiques de John Dewey, promoteur de l’experiential learning dans les années 1930 (Experience and education, 1938). C’est que la vision pédagogique de Rollins s’ancre dans une conception du travail héritière des considérations de William Morris et du mouvement Arts and Crafts. Rollins raconte : « Nous voulions obtenir le plus de plaisir possible dans notre travail. Ce que nous imprimions était partie intégrante de cette approche libre et insouciante. »

Concrètement, à Yale, l’enseignement fut dispensé aux étudiants avancés (graduate students) au rythme d’une séance de deux heures par semaine, sur un trimestre. Des heures supplémentaires durent parfois être ajoutées, notamment lorsque les étudiants choisirent de tirer un nombre relativement élevé de leurs travaux (75 ou 125 exemplaires). Dans un compte-rendu du manuel fondateur de McKerrow (An Introduction to Bibliography for Literary Students) publié dans le Publisher’s Weekly le 17 décembre 1927, Keogh décrit le cours de Rollins :

« A Yale, Carl Rollins enseigne les méthodes de production du livre avant 1800 et chaque étudiant de son cours doit composer au plomb, imprimer et relier un livret conformément aux pratiques en usage dans une imprimerie anglaise avant l’introduction des presses en fontes. »

Le cours ne se limitait donc pas strictement à une initiation typogaphique mais débordait largement en amont et en aval du processus d’impression : Rollins débutait chaque trimestre par des démonstrations de fonte de caractères grâce à un moule à arçon offert par l’Oxford University Press. Il enseignait également à ses élèves la fabrication du papier grâce à une petite forme traditionnelle fabriquée à Fabriano. À la fin du trimestre, une initiation aux rudiments de la reliure était également dispensée. Au terme d’une telle formation, les étudiants de lettres avaient ainsi pu acquérir une connaissance concrète et pratique de l’intégralité de la chaîne de production du livre dans les conditions et avec les outils du XVIIIe siècle.

Floraisons d’après guerre

Cet exemple pédagogique américain fit de nombreux émules, comme en témoigne la liste (pourtant incomplète) des ateliers bibliographiques créés au cours du XXe siècle :

Carolyn Reading Harmer, fondatrice de la King Library Press à Lexington (source : University of Kentucky)
  • 1927 : ouverture de la première « bibliographical press » par la Bibliothèque l’Université de Yale (Connecticut)
  • 1934 : création par le professeur Hugh Smith d’un atelier bibliographique à l’University College de Londres
  • 1949 : ouverture de la Bibliographical room à la Bodleian Library d’Oxford
  • 1953 : création par Philip Gaskell de la « Water Lane Press » au King’s College de Cambridge
  • 1956 : création de la King Library press à l’Université du Kentucky, Lexington (Etats-Unis) par Carolyn Harmer
  • 1958 : création de la Bibliographical Press à l’University College d’Auckland (Nouvelle-Zélande) à l’instigation de William J. Cameron (cet atelier sera plus tard renommé Mount Pleasant Press). Son activité cessa en 1964, à la suite du départ de Cameron.
  • 1961 : ouverture d’un atelier à l’Université d’Otago à Dunedin (Nouvelle-Zélande)
  • 1961 : ouverture d’un atelier à l’Université du Queensland, Brisbanne (Australie) par Harrison Bryan, bibliothécaire de l’université
  • 1962 : création de la Wai-te-Ata Press à l’Université Victoria de Wellington (Nouvelle-Zélande) par le bibliographe Don McKenzie
  • 1963 : fonctionnement d’un atelier bibliographique à l’Université de Leeds
  • 1963 : création d’une imprimerie à la Bibliothèque de l’Université de Sidney par Harrison Bryan
  • 1963 : création de la College Press par Philip Gaskell à l’University College de Glasgow
  • 1963 : fonctionnement d’un atelier bibliographique au département d’Anglais du Scripps College à Claremont, Californie (Etats-Unis)
  • 1963 : création d’un atelier à l’Université de Californie à Los Angeles (Etats-Unis)
  • 1964 : ouverture d’une presse bibliographique au Massey College de Toronto (Canada) par Douglas Lochhead
  • 1972 : ouverture d’un atelier à l’Université d’Adelaide (Australie)
  • 1976 : ouverture d’une imprimerie bibliographique au sein de la Graduate School of Librarianship à l’université Monash de Melbourne (Australie) à l’instigation du professeur Jean P. Whyte
  • ca. 1978 : création de l’atelier bibliographique à l’Université de Tasmanie
  • 1980 : création de la Allde Press, atelier rattaché au département d’Anglais de l’université Massey de Palmerston (Nouvelle-Zélande), à l’instigation de John C. Ross.
  • 1982 : création d’un atelier à l’Université d’Australie-Occidentale à Perth (Australie)
  • 1990 : création d’un atelier à l’Australian National University à Camberra (Australie)
  • 2017 : ouverture de la « Bibliographical pressroom » à la Bibliothèque de l’Université de Virginie, Charlottesville, dans le cadre de la Rare Book School
Le bibliographe Philip Gaskell en 1951. Gaskell est le fondateur de la Water lane Press de Cambrdige puis de la College press de Glasgow
(source : National Portrait Gallery)

Le début des années 1960 correspond ainsi à une période de floraison sans précédent. En 1965, Philip Gaskell consacra une étude de synthèse à ce phénomène. Dans ce texte, qui constitue l’ouverture du tout premier numéro du Journal of the Printing Historical Society, Gaskell n’hésitait pas à d’un « mouvement » ( « The Bibliographical Press Movement »), évoquant même un véritable « boom »  : sur les 25 imprimeries bibliographiques qu’il répertoriait alors, 16 avaient été créées entre 1960 et 1963. Dans un mémoire soutenu en 1978, John Richardson écrivait :

« Today, the bibliographical press is viewed as a significant part of the curricula in many graduate library schools, departments of English, the arts and communication, and even university libraries. »

Les locaux de la Wai-Te-Ata à l’université de Wellington (Nouvelle-Zélande) en 2012 (source : Peter Vangioni)

La majorité de ces ateliers n’eut qu’une existence éphémère. Les raisons de cette fragilité ont été analysées par Per Henningsaard, Kristen Colgin et Clyde Veleker dans un article éclairant. Dans la majorité des cas, la création de l’imprimerie était liée à la présence d’un enseignant-chercheur dont le départ (retraite, recrutement par un autre établissement) entrainait la fin de l’expérience. Pourtant une bonne dizaine de ces imprimerie pédagogiques ont surmonté les épreuves sont toujours en activité.

La mise à disposition d’une « bibliographical press  » destinée aux étudiants et aux enseignants des départements de littérature des universités est donc un phénomène relativement courant dans le monde anglo-saxon. À notre connaissance, en revanche, aucune expérience comparable n’a jusqu’à présent été conduite en France.

En visite : la Bibliographical press d’Oxford

Entre le 11 novembre et le 9 décembre dernier, j’ai eu la chance de séjourner à Oxford comme chercheur invité, occasion pour moi de profiter de la Bodleian Bibliography Room qui porte, depuis 2015, le nom de Bibliographical press.

Atelier « Wood Type » à la Bibliographical Press, animé par David Arm, novembre 2019 (photo : R. Jimenes)

Fondé en 1949, il s’agit de l’un des plus anciens ateliers bibliographiques encore en activité. Il fut créé à l’instigation de deux enseignants : Frank Percy Wilson (1889-1963), spécialiste du théâtre élisabéthain et titulaire de l’une des deux chaires Merton de littérature, et Herbert John Davis (1893-1967), spécialiste de Swift, lecteur chargé des cours de critique textuelle. Conformément à la proposition de McKerrow et au modèle développé à Yale par Rollins, l’atelier fut conçu et mis en place comme un outil pédagogique au service de la critique textuelle et de l’histoire littéraire.

Deux des presses Albion de la Bibliographical Press, novembre 2019 (photo : R. Jimenes)

Il ne s’agit pas là d’une création ex nihilo. La fondation s’appuyait sur précédents américains (Yale) et britanniques (Londres). Elle s’inscrivait également dans la continuité des travaux et de l’enseignement de Strickland Gibson (1877-1958). Bibliothécaire de la Bodleian Library, Gibson avait contribué à fonder en 1922 l’Oxford Bibliographical Society. Il s’était vu confier l’année suivante une chaire de bibliographie liée à la Faculté d’Anglais. Retraité depuis 1945, Gibson s’investit considérablement dans la création et la gestion de la Bibliography room. Il constitua notamment, à des fins pédagogiques, une collection de plus de 700 documents anciens (reliures, livres, manuels d’imprimerie, spécimens typographiques, bois gravés, etc.) qu’il légua à la Bodleian à l’usage spécifique de la Bibliography room. Aujourd’hui dissociée de l’atelier, la collection Gibson est conservée dans les dépôts de la bibliothèque ; le catalogue manuscrit peut être consulté en ligne.

La Bibliographical press se présente aujourd’hui comme un atelier fort bien équipé. Les presses sont nombreuses : on y compte 4 Albions de différentes tailles, une presse à épreuve de type Vandercook, une grande (et belle !) Columbian Press, ainsi qu’une presse taille douce. Côté caractères, l’atelier dispose d’un très grand nombre de fontes, dont une quantité considérable de caractères Bell romains et italiques en différents corps. La liste des fontes disponibles peut être consultée en ligne.

Liste détaillées des presses de la Bibliography room d’Oxford

  • (1) Large John & Jeremiah Barrett Albion Press of 1835, serial number 539. Platen 17¾” x 24”.
    This was the press used by C.H.O. Daniel, Provost of Worcester College, from 1880-1906 and presented to the Bodleian Library in 1919. Charles Henry Olive Daniel (1836–1919) was Provost of Worcester College from 1903. He started printing when he was a boy and continued while at Oxford to reprint early-modern literature, works by major poets, and poems by his contemporaries including Lewis Carroll.
  • (2) Small Frederick Ullmer Albion Press of circa 1900, serial number 2919. Platen, 9 ⅞ x 7 in.
  • (3) Medium Miller & Richard Albion Press of 1898, serial number 4993. 
    Platen 12” x 18”. From the Moss Press 
  • (4) Large (Miller & Richards?) Columbian Press of circa 1860. No serial number. Platen 18” x 25¾”
    The Samson Press was a private press run by Joan Mary Shelmerdine (1899–1994) and Flora Margaret Grierson (1899–1966). The press began in 1930 in Warlingham, Surrey and moved to Woodstock, Oxfordshire in 1937, where the business continued until 1967 when Joan Shelmerdine gave the archive and the printing equipment to the Bodleian.
  • (5) Medium Harrild & Sons Albion Press of 1877, serial number 3531. 
    Platen 11” x 16”
    Leonard Baskin (1922-2000) founded the Gehenna press in 1942 (the name coming from a line in Milton’s Paradise Lost: « And black Gehenna call’d, the type of Hell. »)  The archive of the Gehenna Press was acquired by the Bodleian Library in 2009
  • (6) Star-wheel Hughes & Kimber etching press, 19th-c. 13” roller x 30” bed. (ex-music printing)
  • (7) Western (‘Vandercook’ type) proofing press (ex-Vivian Ridler, on loan from The Story Museum, Oxford); 24” x 16” bed
  • Richard Lawrence (à droite) dans la Bibliographical press d’Oxford (source : Bodleian Library)

    La gestion de l’atelier est confiée à un « superintendant », poste actuellement occupé par le très compétent Richard Lawrence. Diverses activités (cours publics, séances ouvertes, conférences) y sont animées par le Centre for the Study of the Book, en lien étroit avec l’Oxford BIbliographical Society. La Société des Bibliophiles de l’Université d’Oxford y organise aussi, ponctuellement, des séances d’initiation à la typographie.

    Chaque année, la Bibliographical press accueille un imprimeur en résidence pour un mois. Cet automne, David Arms, artiste et graphiste animant la Red Plate Press, séjournait à la Bodleian. Sous sa direction, j’ai ainsi eu l’occasion de participer à deux séances d’un atelier consacré aux caractères bois (« Wood Type : Pattern, Colour and Language »).

    La présence d’un tel lieu au sein même du quadrilatère historique de la Bodleian Library est une chance dont profitent de nombreux étudiants et personnels de l’université. C’est aussi une vrai aubaine sur le plan pédagogique : on se plait à rêver de pouvoir dispenser des cours d’archéologie du livre imprimé dans un tel cadre et avec un tel matériel !

    L’histoire récente de la Bibliography room est pourtant plus agitée qu’il n’y paraît. En 2015, Paul Nash, dynamique secrétaire de la Printing Historical Society, démissionna du poste de superintendant de la Bibliography room, fonction qu’il assurait depuis 2006, pour protester contre le déménagement de l’atelier et le non respect des engagements pris par la direction de la Bodleian Library. En cause ? L’installation de l’atelier dans un local jugé trop étroit rendant impossible la tenue de séminaires, la mise en réserve de la collection Gibson désormais peu accessible aux enseignants et l’installation de la presse en bois (un fac-similé de celle présentée par Joseph Moxon dans ses Mechanick Exercices) dans le hall de la Weston Library, donc à l’écart de l’atelier)… Paul Nash a consacré à cette question une franche tribune dans The Oxford Magazine en juin 2019 et fait par ailleurs le point sur ce dossier sur son site internet.

    Mobilier du XVIIe siècle : la Bibliographical press conserve les rangs commandés vers 1680 pour les presses universitaires d’Oxford (photo : R. Jimenes)

    Bibliographie (non exhaustive) sur les imprimeries bibliographiques

    • Philip GASKELL, « The First Two Years of the Water Lane Press », Transactions of the Cambridge Bibliographical Society, vol. 2, 1955, p. 170-184
    • Philip GASKELL, « The Bibliographical Press Movement », Journal of the Historical Printing Society, vol. 1, 1965, p. 1-13
    • Strickland GIBSON, « The Bodleian Bibliography Room », Printing and Graphic Arts, vol. 2, 1954, p. 5
    • Per HENNINGSGAARD, Kristen COLGIN et Clyde VELEKER, « A Pedagogical Tool for Studying the History of the Book : Thirty-Five years of Bibliographical Presses in Australia and New Zealand », Script and Print, vol. 38, n° 1, 2012, p. 5-25 [pdf]
    • Paul Evans HOLBROOK, « Thirty-Five Years of the King Library Press : A Dialogue with Carolyn Reading Hammer », Kentucky Review, 1992, p. 28-43 [pdf]
    • Keith MASLEN, « The bibliography Room Press, 1961-2005 : A Short History and Cheklist », Script and print, vol. 30, n° 3, 2006, p. 155-173 [pdf]
    • B.J. McMULLIN, « Bibliographical Presses in Australia and New Zealand » , Bibliographical Society of Australia and New Zealand Bulletin, 3.2, n° 11, 1977, p. 55-64
    • John RICHARDSON Jr, An Introduction to Bibliographical Press Work, mémoire inédit, University of California, 1978 [pdf]
    • Katherine McCanless RUFFIN, Carl Purington Rollins and the Bibliographical Press at Yale University, thèse soutenue au Simmons College School of Library and Information Science, 2015 [pdf]
    • Erin SCHREINER, « The New Bibliographical Presses at Rare Book School », en ligne
    • Ann WELSCH, « Experiential learning in historical bibliography » , dans R. Mouren, Ambassadors of the book: competences and training for heritage librarian, 2011 [pdf]